Mercredi 23 avril 2008

Moustiers-Sainte-Marie Une Etoile Dans Le Ciel



Le XXXIVe  quatrain de la VI e Centurie de Nostradamus dit :
Prés de Riou, et proche à Blanche Laine :
Ariés, Taurus,Cancer, Léo, la Vierge,
Mars, Jupiter, le Sol Ardra grand plaine,
Bois et citez cacher cierge

Ces quelques lignes nous conduisent tout droit près du Riou, à la découverte des Moustiers, c’est-à-dire des moines à la blanche laine, dans un des lieux de Provence ou le « Mystérieux Inconnu » recoupe tous nos pas.
   
Nous le savons, la loi d’hermès dominait jadis la vie des hommes. De nombreuses cités dessinent encore sur le sol l’image de certaines constellations. Leur implantation n’est pas due au hasard .Mieux lorsque l’on relie l’une à l’autre sur une carte, par des droites, les dessins ainsi obtenus forment souvent des étoiles !

Moustiers-Sainte-Marie occupe une place privilégiée dans cette géographie sacrée. Le pittoresque village se blottit dans la fantastique cassure géologique d’une montagne qui s’est ouverte comme un pain brisé.

Niché dans la falaise, ce haut lieu a été occupé par l’homme. Les grottes creusées par la nature dans la faille calcaire servirent de refuge aux premiers habitants de la région depuis la plus haute antiquité. Les failles géologiques ont toujours été des aimants pour les civilisations. Elles établissent à leur verticale des habitats, qui jouissent  du rayonnement tellurique, sans cependant tenir compte des dangers cataclysmiques qu’elles engendrent.

Le pimpant village de Moustiers-Sainte-Marie donne l’impression d’être encore plongé dans les méandres d’un autre temps. Porte sud des gorges du Verdon, la cité offre aux touristes ébahis un paysage d’une sereine et impressionnante grandeur. Appuyée contre le dernier contrefort des Alpes, ses maisons étagées et blotties en amphithéâtre, au bas d’une échancrure entre deux rocs à pic ressemblent à une crèche de Noël. Aux pieds des rochers surgit une source qui, de cascade en cascade, bondit vers les vertes prairies qu’elle irrigue et féconde.
A l’instar des premiers chrétiens qui se fixèrent dans le Sinaï, au pied de la montagne sainte, où Moïse rencontra l’Eternel, ici, au IV e siècle, un petit groupe de moines adoptèrent comme demeures, les grottes creusées par la nature dans la faille calcaire.

Les populations voisines se rassemblèrent autour des saints hommes. Ce sont elles qui donnèrent le nom de Monasterium qui plus tard devait devenir Moustiers. Les premiers pélerinages datent de cette époque. 
Apollinaire, évêque de Clermont, se rendit faire ses dévotions à Notre-Dame-de-la-Roche, accompagné par son ami Fauste, évêque de Riez. Nous étions en l’an de grâce 470 et l’histoire ne  nous dit pas, si, au retour de ce pèlerinage, le saint homme rendit une visite de courtoisie à son cher ennemi Dardanus de Théopolis…
Il ne reste rien du sanctuaire primitif, où les deux hommes étaient venus prier, car les Sarrasins, lors de leurs incursions détruisirent tout sur leur passage.

Nostra-Domina de Rocca est devenue « Notre-Dame de Beauvoir ». Jalousement emmitouflée dans les replis d’un manteau minéral, son clocher se découpe dans le ciel bleu. Elle est bâtie sur un étroit promontoire, en bordure de la gorge profonde où coule le Riou, un torrent impétueux. Comme une mère veillant sur ses fils, elle domine le village, à deux cents mètres d’altitude, comme pour mieux le protéger.   

VERS LE  BEAU VOIR 

Le sentier qui conduit au lieu saint est un long parcours tracé comme le Chemin de Croix et bordé de quatorze stations. Une vingtaine de minutes suffisent pour monter les trois cents marches qui le composent. Le visiteur attentif remarquera, une centaine de mètres avant d’avoir atteint la chapelle ; sculpté sur une marche de pierre un peigne symbolisé. Cette image se substitue à la Mérelle de Compostelle, le Pecten Jacoboeus…
La  chapelle se dresse dans un jardin clos par des murs. Devant elle, des cyprès montent une garde séculaire. Un auvent protège l’entrée. Il repose sur de graciles colonnes ornées  de feuillage à la base des chapiteaux    .
Les portes de l’édifice sont sculptées. Elles datent du XVIe  siècle et sont en bois. Sur l’une d’elle figure un ange tenant un peigne de la main droite. Un linteau de pierre les domine, sur lequel figure l’inscription :
« Belvisura Vocor », diffundit lumina nomen Lumina Nostra petens, limina nostra petat. »
« Je m’appelle Notre-Dame de Beauvoir, mon nom répand la lumière. Qu’il vienne vers ce seuil celui qui désire la lumière. »


Ce petit édifice peut être divisé en deux parties—chacune d’elles étant liée à une époque. En effet, le roman et le gothique se confondent dans l’architecture.
A la fin du XIIe siècle ou au début du XIIIe, les moines ont bâti une petite chapelle romane, en taillant dans le rocher du côté nord. Modeste, elle comprenait seulement les deux premières travées  -voutées en berceau brisé- de la nef actuelle.

En 1536, comme en fait foi une inscription tracée dans l’arc triomphal, on a fait doubler le volume du saint lieu, en construisant à la suite des travées romanes, deux autres travées et un chœur de style gothique.
Ce chœur est à cinq pans. Six nervures retombent sur les colonnes sans chapiteau, si bien que l’on peut découvrir à la fois l’étoile à six branches ou sceau de Salomon et le pentalpha si cher aux Compagnons et aux Templiers.
Dès l’an 1300, la chapelle d’Entreroches est réputée dans toute la Provence pour les miracles qui s’y accomplissent.

En 1363, une enquête de Pierre Fabri, évêque de Riez fait état de faits troublants et très brillants qui s’y déroulent. La chronique locale évoque ces miracles, notamment la résurrection temporaire de bébés morts, sans avoir reçu le sacrement du baptême, donc voués aux limbes. Ces derniers portés par leurs mamans renaissaient pendant quelques instants, le temps qu’un prêtre leur donne le sacrement.
Actuellement, c’est le 8 septembre, fête de la nativité de Notre-Dame que se déroule un grand pèlerinage qui attire les fidèles de toute la région.

L’EGLISE DE MOUSTIERS


L’église du village doit elle aussi être considérée comme un grand sanctuaire de la foi. Sa particularité est de posséder le plus étrange clocher de Provence. Cette Maison de Dieu est une ancienne collégiale dont le style gothique atteint les plus hauts sommets. Il est certain qu’elle a été élevée sur un ancien lieu de culte préromain, très certainement païen.

Jadis, son clocher à quatre étages de style roman-lombard était considéré comme le plus beau du midi. Il s’ébranlait au son des cloches. Dans son livre Curiosités des Choses publié en 1650, Dom Gaffarel, premier prieur de Ganagobie nous apprend :

«  A Moustiers, ville de Provence, le clocher dont les pierres sont enclavées a presque un même branle que la cloche, avec tant de prodiges qui ceux qui sont autrefois montés dessus sans le savoir, quand il ont vu  branler les cloches, ils n’ont pas été exempts de frayeur, comme il m’est arrivé à moi-même. »          

Malheureusement, devrions-nous dire, depuis le clocher a été consolidé par des poutrages…il a perdu son rôle magique que lui avaient donné les bâtisseurs.
La montagne, véritable mur d’écho  qui se dresse derrière l’église, répercutait  les sons émis par l’ensemble « cloches-clocher », dont les bonnes volontés, sans savoir, ont neutralisé les effets rayonnants.

C’est Saint Paulin, évêque de Nole, qui aurait lui-même introduit l’usage des cloches dans l’Eglise.
Dès le XVIe siècle l’érudit père Marin Mersenne, qui fit de nombreuses recherches sur les vibrations des corps, étudia les rapports du diamètre des cloches avec l’épaisseur du métal, ainsi que la hauteur du son des cloches.

Le christianisme naissant  avait déjà connu l’utilisation des clochettes, qui servaient à rassembler les croyants à l’heure des oraisons.
Dans l’antiquité égyptienne, 4 ou 5000 ans avant notre ère, les cloches étaient considérées  comme des objets magiques du culte.
Les fondeurs chargés, en France, de fournir les cloches de nos cathédrales appartenaient à une sorte de Compagnonnage. C’était très souvent des artisans venus d’Alsace qui confectionnaient, avec un art tout particulier les vases sonores.

On appelait  «saintiers » les fondeurs de cloches, ces dernières portent tous des noms de saints ou de saintes. Elles sont baptisées rituellement. Toquer le saint, c’était faire sonner les vases d’airain. De cette expression est né le mot « toque-saint devenu «tocsin ».     
Les saintiers allaient de ville en ville, installant leurs fours, leurs creusets et leurs moules sur les places publiques, à la plus grande joie des habitants. Les notables et les habitants qui désiraient jouir de leurs effets surnaturels, offraient des bijoux et des pièces d’argent pour que le son des cloches soient plus pur.     


A LA SUITE D’UN VŒU

Ce qui frappe le plus l’imagination du visiteur qui se rend à Moustiers-Sainte-Marie, c’est une chaîne de 227 mètres de long qui domine le monument et la vallée. Une étoile pend au centre de cette dernière.
Cette chaîne pèse 400 kilogrammes. Elle relie les deux rochers qui surplombent Notre-Dame de Beauvoir. Elle a un sens caché beaucoup plus profond que celui que rapporte la légende locale. Cette dernière nous dit que le duc de Blacas la fit tendre à la suite d’un vœu fait à la Vierge de Beauvoir.
Prisonnier des Sarrasins lors de la VIIe croisade, il aurait prononcé cette phrase devenue historique :

A ti ped Vierge Mario
Ma cadeno penjaraï
De jamaï Tourne maï
A Moustiers dins ma patrio.

A tes pieds Vierge Marie
Je suspendrai ma chaîne
Si jamais je retourne
A Moustiers dans ma patrie.


Le vœu du duc de Blacas fut exaucé et en guise d’ex-voto, il fit pendre le lien symbolique.
Les travaux nécessaires à la fixation de la chaîne furent onéreux et difficiles. En son centre, fut suspendu le premier portrait de la Vierge patronne du village. Cependant cette œuvre fragile ne résista pas aux intempéries et fut remplacée quelques siècles plus tard par une étoile aux initiales J.M.

En 1957, par une violente nuit d’orage, cette étoile se décrocha et le lendemain toute la population  participa aux recherches dans le vallon  de Notre-Dame. Elle figure actuellement dans le musée de la cité et a été remplacée par un ouvrage du même style dû au ciseau d’Aimé Bourjac, ferronnier disparu il y a une quarantaine d’années.
La  nouvelle étoile à dix raies mesure 80 cm de diamètre.
Au mois d’août 1967, Moustiers, la capitale de la faïence, fut mise en émoi par un acte inqualifiable, des vandales avaient eu l’audace de scier la chaîne sacrée !

Perle de la Provence, petite ville vouée à la Vierge Marie, Moustiers-Sainte –Marie vit très tôt éclore dans ses murs une des premières Loges maçonniques du midi de la France.Capitale de la faïence, des dizaines de milliers de touristes la visitent chaque année, éblouis par sa beauté, ils y découvrent parfois ses secrets les plus intimes cachés sous un manteau de Lumière.
par Guy Tarade et Christophe Villa-Mélé publié dans : Mysterieux inconnu
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  • : 19/03/2008
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