Le cœur des vieilles pierres abrite toujours des trésors dissimulés à ceux qui ne lui vouent pas d'amour...
Etes-vous amateurs de « vieilles choses » ? Alors allez donc, lorsque vous en aurez le loisir, jusqu'au n° 26 de la rue Chanoinesse, dans l'île de la Cité.
Tentez de pousser la porte de l'immeuble, entrez et regardez les dalles sur
lesquelles vos pas glissent : ce sont des pierres tombales ; vous en pouvez encore lire les inscriptions.
Chose exceptionnel ? Non pas. Tentez l'aventure ! Le couloir de la maison du n° 47 de la rue Descartes, dans les parages de l'école Polytechnique, a la même particularité. D'ailleurs ne vous arrêtez pas au couloir de cette vieille maison ; montez dans l'escalier. Au premier étage, vous trouverez un vestige de l'ancien rempart dont le roi Philippe Auguste ceintura Paris au début du XIIIe siècle. D'autre part, vous marcherez sur des dalles qui elles aussi sont des plaques funéraires.
Mais comment se fait-il, allez vous demander, qu'il y ait ainsi des pierres tombales dans certaines maisons de la capitale ? Aucun mystère en vérité. Jadis quand Paris n'était pas encore la mégapole que nous connaissons aujourd'hui, les églises étaient entourées de petits cimetières. Ces lieux de cultes étaient alors beaucoup plus nombreux qu'aujourd'hui. On en comptait dix-huit dans la seule île de la cité, où ne s'élève plus aujourd'hui que Notre-Dame. Pour une raison ou pour une autre, beaucoup de ces églises ont disparu. Quant à leurs cimetières, il y a longtemps qu'ils ne sont plus qu'un souvenir ;
Or, ces sanctuaires, ces cimetières pouvaient fournir d'excellents matériaux de construction : c'est à quoi s'avisèrent certains entrepreneurs, qui n'hésitèrent pas un instant à employer les restes des sépultures pour paver les couloirs.
Ils employèrent bien d'autres choses. D'autres maisons nous présentent, en effet, plus ou moins noyés dans leur maçonnerie, mais tout à fait apparents, des matériaux provenant des églises démolies.
Sur la montagne Sainte- Geneviève, la maison de la porte n° 1 bis, de la rue Lanneau, offre au bout de son couloir, la vision, assez inattendue, on le constatera, d'un pilier surmonté de son chapiteau.
De même dans l'île de la Cité, au n° 19 de la rue des Ursins, on découvre dans le couloir des piliers de l'ancienne chapelle Saint-Aignan.
Ce sont là d'honorables vestiges. Héloïse et Abélard on prié à leur pied.
Le Conservatoire des Arts et métiers est lui-même installé dans l'ancienne église du prieuré de Saint-Martin-des-Champs. Dans le chœur bien conservé, nous pouvons voir l'avion avec lequel Blériot traversa la Manche et la machine volante d'Ader, ainsi que la surprenante automobile à vapeur de Cugnot, sans parler des amusantes collections d'anciens vélocipèdes ; Mais que dire alors du Panthéon ! C'est pareillement une ancienne église dédiée à Sainte-Geneviève. Remontons le temps pour découvrir sa singulière histoire. On acheva de la bâtir en 1790 ; dès l'année suivante, on en fit le Panthéon. La Restauration la rendit au culte. Mais en 1830, elle redevenait le Panthéon. Pour peu de temps ! De nouveau église en 1851, elle devait reprendre cette fois définitivement, son rôle de Panthéon, lors des funérailles de Victor Hugo.
Si certaines églises sont frappées par l'anathème des hommes et du temps,
d'autres défient les siècles et leurs outrages. Trois d'entre elles, dans Paris, compte plus d'un millénaire d'existence ; Les plus anciennes parties de Saint-Germain-des-Prés, le clocher
par exemple, remontent à la fin du Xe siècle. La petite et discrète église, si calme et reposante de Saint Pierre de Montmartre, à proximité du sacré-Coeur, date elle, entièrement du XIIe siècle.
Elle dut édifiée de 1134 à 1147, un peu avant cette vieille et pieuse Dame, Saint-Julien-le-Pauvre vit le jour entre 1170 et 1240.
" La mémoire des pierres témoigne, lorsque les hommes ont oublié leurs
racines ! "
de bien vouloir en préciser la provenance ; d'avance merci. »
Guy Tarade et Christophe Villa-Mélé
Images :
www.linternaute.com/paris/sortir/photo/balade..
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