" Et pendant le court, très court
moment
Où les morts restent en nos mémoires
Ne cherchez à questionner
Que les livres que je laisse derrière moi.
"
(Rudyard Kipling)
Le chien hurla, deux fois, simple coïncidence diront les esprits forts, il faisait mal dans cette maison, la souffrance était palpable, les murs suintaient la douleur. Les vieilles bâtisses, souvent d'incorrigibles sentimentales, pleurent à l'approche du trépas de ceux qui ont marqués leurs murs. Le chien repris ses aboiements une troisième fois. Un profond silence s'ensuivit, l'animal épiait la nuit.
Ce 18 janvier 1936, le poète, râla, et ferma à jamais les yeux sur ce monde qu'il ne désirait plus voir. Le psychopompe avait officié. Kipling rejoignit Jack, fils chéri, disparu dans la tourmente du premier conflit mondial, dont il n'avait jamais accepté la mort.
Rudyard quel nom étrange ? Tout cela à cause d'un baiser échangé au bord d'un lac dans le comté de Staffordshire en Angleterre. L'exacerbation de sens rendrait-il aux disciples d'Eros la prescience de la grandeur de leurs actes ?
En tout cas ce lac a bien fait de se nommer Rudyard, qui fut le deuxième prénom du petit Joseph Kipling, venu à ce monde le 30 décembre 1865 et, celui avec il parviendra à sortir de la gangue du vulgaire.
Le romantisme n'est jamais très loin quand la beauté l'enserre !
Kipling naquit en Inde à Bombay, baptisé selon le culte anglican, il suivit toute sa vie peu ou prou, les commandements de cette église, même s'll ne baptisa son fils qu'a l'âge de seize ans.
Toute sa vie Kipling fut un homme de son temps, né à l'Epoque victorienne, il garda une grande méfiance vis-à-vis de l'hindouisme, préférant le bouddhisme et était un grand ami de l'Islam disant : « Là il y a des mahométans, il y a une civilisation compréhensible »
La maçonnerie anglaise, comme tout ordre missionnaire d'ailleurs, tenta d'imposer ses croyances et ses rites à une civilisation orientale plusieurs fois millénaires, initiant rajahs et autres dignitaires sous l'équerre et le compas. Le ridicule ne tue pas toujours!
Notre époque voit bien la ruée d'occidentaux repus et égoïstes, dans les similis temples bouddhistes où ils tentent, pratiquant des doctrines (bien loin de tout enseignement réellement Traditionnel), de manières désordonnée d'obtenir une illumination qui de toute façon ne sera (sauf rares exceptions) jamais donnée de par même leur nature. Cette vaine quête se terminant au mieux par des dérèglements psychiques, la folie, des problèmes de santé importants ou la mort s'ils persévèrent n'entendant pas les avertissements.
Le jeune Rudyard, fut initié à l'âge de 20 ans, après son parcours en atelier symbolique ,il continua sa progression jusqu'au grade de « Marinier » en français : « Nautonier »
Son parcours maçonnique se déroula comme tel :
Loge Hope and Perseverance n°782 Lahore
(Sa loge mère)
1886-1889
Ou il obtiendra les 3 grades bleus
Atelier de la Marque Fidelity n°98 Lahore
Atelier de Mariner Mont Ararat n°98 Lahore
Loge Independence with Philantropy n°391 Allahabad
Loge Cannongate Kilwinning n°2
Loge Emergency, Bloefomtaim, Afrique du Sud
Avec Conan Doyle
Allumée pendant la guerre des Boers, les tenues se tenaient (enfin tentaient) de manières régulières sauf cas d'urgence (emergency) en anglais.
Sociétas Rosicruciana in Anglia (S.R.I.A.)
Groupe de recherche ou les membres devaient pour y rentrer avoir au-moins le grade de Maître Maçon. Une exception fut faite : Eliphas Lévi y fut coopté avant son initiation au sein du Grand Orient de France !
Loge Quator Coronati n°2076 Londres
Le must de la grande Loge d'Angleterre.
Loge mère d'études et de recherches
Loge Authors' n°3456
Loge Les Bâtisseurs des Cités Silencieuses n°12, Orient de Saint Omer Grande Loge Nationale Indépendante et Régulière pour la France et les Colonies Françaises
(ancien nom de la G.°.L.°.N.°.F.°.)
Membre fondateur, il en restera membre jusqu'à sa mort)
Loge Builders of the Silent Cities n°4948 Londres.
Mais cet article n'a pas pour but de retracer, une biographie du poète, d'autres l'ont mieux fait que moi. Une après-midi, ou je vaquais à mes occupations, l'envie vint de m'arrêter dans une librairie du cœur de Nice ou par bonheur je tombais sur un ouvrage du disparu s'intitulant « Dans L'intérêt de Frères , sa lecture m'enchanta et mon enchantement j'ai tenu à vous le faire partager. Mais pardonnez-moi, nous allons commencer par embrasser la tristesse sur notre chemin, avant de tenter d'étreindre l'Amour.
En 1914, à la déclaration de guerre, toute la famille Kipling s'affaire Rudyard visite les hôpitaux, son épouse s'active dans des clubs pour soldats Canadiens et Mademoiselle Kipling tricote des chaussettes !
Le fils unique John a 17 ans et son sang de patriote bouillonne, il veut aller se battre, mais sa constitution fragile et sa mauvaise vue l'empêchent d'accéder au métier des armes.
Refusé par la Marine et l'infanterie, il est déclaré inapte au service. Une « recommandation fraternelle « lui permet d'intégrer les Irish Guards. Il tombera au combat le 27 septembre 1915 en France au environ de Loos. Il était Lieutenant et avait 18 ans.
Rudyard, s'en voulut terriblement, il invoqua le Fatum ce destin si terrible. L'avenir de son « Jack » était-il tracé depuis sa naissance ?
Les hommes en proie à la détresse se nourrissent-ils de mensonges pour continuer à Vivre ?
Kipling, ne s'en remettra jamais, il ne cessera d'aider les blessés et mutilés de la guerre et écrira, la nouvelle citée plus avant pour eux.
Le Vénérable Maître de l'histoire a perdu son fils à la guerre. Ne le voyons pas comme un hasard. Entendons Je, quand le poète chante Il !
La scène se passe à Londres en 1917
« Il y a maintenant quelques années, je me rendis chez un marchand de tabac pour faire récurer une pipe vilainement encrassé....Son nom était Lewis Holroyd Burges du même « Burges et fils » que j'aurais pu voir écrit au-dessus de la porte - mais Fils avait été tué en Egypte. Ses cheveux avaient blanchi et sa vue avait un peu baissé...Un matin, alors que j'examinais avec envie un cabinet à « cigarros » en bois de Jacaranda..., un blessé canadien entra dans la boutique et interrompit notre heureuse petite réunion.
Dites, commença t'il d'une voix forte, est-ce ici le bon endroit ?
Qui vous envoie ? demanda monsieur Burges.
Un type de Messines. Mais c'est pas la question ! J'ai pas de certificats, pas de papiers -rien, vous comprenez. J'ai quitté ma loge avec dix-sept dollars de retard sur mes cotisations. Mais ce type de Messines m'a dit qu'il n'y aurait pas d'histoires avec vous.
C'est exact, dit Mr Burges. Nous nous réunissons ce soir à 19h00.
La figure de l'homme s'allongea d'un mètre. « La poisse dit-il. Je suis à l'hôpital et j'aurais pas de permission. »
Et aussi, les mardis er vendredis à 15h00, Vous serez - tuilé, bien-sûr.
Ca, je crois que je pourrais très bien m'en tirer, répondit-il joyeusement. A mardi donc ! » Et il s'éloigna, boitant et rayonnant.
Je demandais : »Qui cela peut-il être ?
J'en n'en sais pas plus que vous, sauf que ce doit être un F.°., Londres est plein de Maçons en ce moment. Nous devons faire ce que nous pouvons en ces circonstances. Si vous voulez bien venir prendre le thé ce soir je vous emmènerai, ensuite à ma Loge : La Foi et les Œuvres n°5837.
Si vous y passer, un jour ou il n'ya pas de tenues, vous trouverez souvent une demi douzaine de Frères avec huit jambes en tout en train d'astiquer et de frotter et de balayer tout ce qu'ils peuvent atteindre. Ce printemps, j'ai guéri un traumatisé en le chargeant de l'entretien de nos bijoux. Il les a si bien polis qu'on ne peut plus lire le numéro, mais cela l'a empêché de combattre les boches durant son sommeil.
Lorsque je le retrouvai, il était vêtu comme pour aller à l'Eglise et portait un lorgnon en or au lieu de ses lunette en argent, je bénis la Providence d'avoir eu aussi la pensée de mettre les vêtements qui convenaient.
Il acquiesça : « Nous devons bien çà à la Maçonnerie. Tout rituel est fortifiant. Le Rituel est une nécessité naturelle de l'espèce humaine. Plus les choses vont mal, plus l'homme y revient à tire d'aile. Tout laisser aller dans le Rituel me fait horreur.
A propos, seriez-vous assez aimable pour aider à examiner les FF.°. Visiteurs s'ils sont nombreux ce soir ? Certains seront très rouillés mais c'est l'Esprit et non la Lettre qui a donné la vie !
Jamais je n'avais vu une loge mieux installée, du sol dallé de noir et blanc jusqu'au plafond décoré, des rideaux aux colonnes, du matériel aux sièges ; des sièges aux lumières avec une extrémité, une petite tribune ornementée pour la colonne d'harmonie, chaque détail était en soi et dans l'ensemble parfait.
On me conduisit, dans une pièce spéciale, quelques hommes en uniforme attendaient tout au fond. « Ce sont seulement les premiers de la procession, le reste est dans l'antichambre, ne soyez pas surpris, il y en a de toutes les formes »
" Formes " était bien le mot, puisque mon premier pénitent n'était qu'un bandage autour de la tête, échappé d'un hôpital pour officiers du côté de Pontonville. Dans un rude langage, il me demanda comment j'espérais qu'un homme puisse parler sur quoi que ce soit avec six dents seulement et seulement la moitié de la lèvre inférieure : nous fîmes un compromis de ne nous en tenir qu'aux signes. Le suivant, un Néo-Zélandais de Taranaki, renversa le système, il n'avait qu'un bras et en écharpe. Mon dernier homme me désarma presque. On aurait dit qu'il avait tout oublié. « Je vous blâme pas, s'étrangla t-il à la fin. Je m'accepterai pas moi-même avec ces réponses, mais je vous donne ma parole, que si j'ai jamais eu une religion, c'est celle-là que j'ai eue ; « Pour l'amour de D. , laissez-moi encore m'asseoir en Loge, mon Frère !
Quand les examens furent terminés, les yeux ruisselants de larmes un homme éclata en sanglots, comme on l'apprit, il avait été rendu muet par un obus, ne pouvait plus s'exprimer, et avait été accepté sur la recommandation de son ami.
Nous entrâmes en Loge, cela prit un certain temps car 10 ou 12 d'entre nous étaient handicapés. Je pris place entre un caporal qui n'avait qu'un pied et un capitaine de la territoriale qui m'expliqua comment un obus l'avait plié en long et en travers.
Resplendissant dans la chaire de Salomon, Le Vénérable Maître Burges assura les visiteurs qu'ils étaient et seraient toujours les bienvenus. Il demanda si certains d'entre eux voulaient tenir des postes d'Officiers. Timidement, ils protestèrent, se trouvant trop rouillés. « C'est bien pour ca » dit le F.°. Burges. On voyait mon capitaine se tortiller sur son siège. Un instant Vénérable Maître, nous avons ici, un musicien qui aimerait se rendre utile, seulement les marches de la tribune sont un peu raides.
- Combien pèse notre Frère ?
- A peine plus de 50 kg, je me suis pesé ce matin » répondit celui-ci.
Hissé jusqu'à la tribune, il se mit à jouer, joyeux comme une âme emmenée au Paradis par surprise !.
Et la tenue au grade d'apprenti selon le rite Emulation se déroula.
Cachée sous l'allégorie et illustrée par des symboles, La Veuve célébrait la fraternité des Hommes. Les salutations dans l'intérêt de l'Ordre venaient de venait des Loges HAURAKI, INGAYA-UMBEZI, ALOHA, LUMIERES DU SUD, LA LOGES DES PIERRES BRUTES, PEMBROKE DOCKS et d'Orient aussi divers tels Klondike ou Kalgorie.
L'étoile du Soir avait ramenés tous ces FF.°. meurtris à Londres. Cet atelier dépourvu de patente venait d'une autre planète, en contradiction totale avec les lois de la Grande Loge d'Angleterre, mais en accord avec l'un des buts principaux de notre quête.
L'Etoile du soir avait réunis, ce court, très court moment ou notre cœur s'est tourné vers l'autre des hommes de bonne volonté.
Quelle magnifique leçon de fraternité, nous apporte Kipling dans ce conte. « Il devrait il y'en avoir des tas comme cela », s'écrit le Frère Burges. Pensons à ce qui pourrait être fait par la Maçonnerie, au nom de la Maçonnerie !
Mais pensons surtout ce qui pourrait fait par les hommes pour les autres hommes au nom de l'Amour